L'allocation d'actifs en 2012 sera sans doute aussi difficile à déterminer que pour le dernier semestre 2011. Il faudra continuer pour cela à faire des paris forts sur la trajectoire de la conjoncture économique, sur la stabilité financière mondiale, sur la répartition de l'épargne internationale et sur le rétablissement des grands équilibres.Trop d'incertitudes pèsent dans ces domaines pour ne pas rester prudent sur son exposition en actifs risqués ainsi d'ailleurs que sur celle des actifs que l'on juge plus sûrs.
Nous adoptons volontiers l'allocation de place qui consiste à réduire l'exposition actions (en privélégiant les actions américaines , asiatiques ou émergentes), à augmenter l'exposition obligataire crédit ( avec une diversification en risques souverains) et le placement monétaire. Nous sommes plus prudents sur les investissements alternatifs, le placement en matières premières, en or physique, en gestion de fonds immobiliers, les hedge funds ou le private equity. Sur le semestre, nous devrions évoluer pour les actions dans un canal de fluctuation proche de celui du dernier semestre soit + ou - 15% du niveau de cloture de l'année 2011 pour les actions. Pour les taux, nous pourrions bénéficier d'une performance positive satisfaisante.
Reste que cette posture nous laisse quelque peu insatisfait. D'abord, parce qu'en étant défensif, nous prenons le risque de ne pas bénéficier d'un rebond de 20% à 30% des marchés actions.Ensuite, parce qu' à ce stade, compte tenu du comportement moutonnier, la valorisation des actifs risqués sont franchement bon marché : le rendement des actions est de l'ordre de 6%, les primes de risque, au delà de 6%, et, les marges de crédit de 200 Bp pour le crédit de qualité, et, de 900 BP pour le crédit à haut rendement. Autant de revenus importants à engranger, si le marché se stabilisait pour un temps. Enfin, parce qu'à vouloir trop se protéger, nous prenons un risque en accumulant des actifs historiquement connus pour leur protection. Interrogons ainsi les acheteurs d'or, cet été, qui ont pu perdre jusqu'à 20% de leurs investissements depuis. et, envisageons la situation sensibles des nouveaux investisseurs d'emprunts d'Etat allemands confortés actuellement par la fuite de qualité, si jamais le phénomène s'inversait.
A ce stade, quels pourraient être les moteurs de la reprise ? Tout ce qui confortera la psychologie des décideurs sera le bienvenu. Qu'il s'agisse d'un accord plus structuré de la gouvernance européenne et, en particulier, de la gestion budgétaire et fiscale de la zone euro. Je pense aussi que la stabilisation de la conjoncture américaine est un bon préalable, même si la récente publication du FED empêche tout optimisme intempestif. L'essentiel des bonnes nouvelles viendraient d'abord du rétablissement des grands équilibres, avec sa part d'effets récessifs (sur les pays qui consomment trop et ceux qui exportent trop).
Le retour de notre devise à 1.15 pour un dollar conforterait ces avancées. En tout état de cause, cette dépréciation permettrait d'éviter un choc trop rude sur notre appareil de production. Rappelons que dans la zone optimale, tout choc par les prix en provenance de l'étranger exige une augmentation de la compétitivité, et, la mise en place des investissements adéquats, dont l'introduction provoque dans un premier temps une baisse des prix relatifs, l'accroissement du chômage frictionnel et en cas d'échec la disparition de l'activité économique domestique. Impératif mondial oblige, ainsi d'ailleurs que les bases du redéploiement industriel et quaternaire de notre vieux et beau pays.
Depuis quelques semaines, la dépréciation de l'euro est enclenchée à la faveur de la lenteur des décisions communautaires, de la politique d'aisance monétaire de la banque centrale européenne, et de l'effet récessif des réductions de dépenses publiques européennes sur la conjoncture économique de la zone euro. Le niveau de notre devise sera en cela un excellent indicateur du retournement de la conjoncture boursière.
Jean Christophe Cotta
Allocation & Sélection
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